Carte. Turquie et développement, un décalage Est/Ouest indépassable ?

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CETTE infographie traite d’un déséquilibre de développement qui s’organise sur le territoire turc d’un axe Nord-Ouest à Sud-Est et de la possible réduction de ce déséquilibre. Elle s’appuie sur l’idée de Wolf-Dieter Hutteroth, développée dès 1982, à savoir qu’il existe un gradient de développement Est/Ouest en Turquie. Un gradient est une variation d’intensité d’un phénomène qui se diffuse dans l’espace à partir d’un point central. Les concepts mis en jeu sont donc le développement et les inégalités spatiales, et non pas simplement l’émergence, notion trop réductrice regroupant des pays aux situations très différentes.

En effet, ce décalage entre les territoires n’est pas simplement économique, mais touche la notion plus globale de développement. Les disparités concernent à la fois les richesses (PIB, niveaux de revenus), les orientations économiques (les différents types d’activité), le degré de modernisation (réseau de communication, parc automobile) et les caractères socio-culturels (taux de fécondité, niveaux d’alphabétisation et d’éducation, accès au soin). Comme le montre la première carte, ce déséquilibre fonctionne en système, c’est-à-dire que chaque disparité est à la fois cause et conséquence de l’autre. Ce décalage devient structurel, chronique et apparait insoluble, d’où l’apparition d’une migration interne de l’Est vers l’Ouest, même si ce phénomène reste minime. Une ligne de démarcation se distingue, de Zonguldak au Nord-Ouest à Gaziantep au Sud-Est.

L’intérêt est mettre en avant différents facteurs de ce décalage, tout en insistant sur le fait que ce déséquilibre territorial a été construit par les hommes et ne résulte pas uniquement de contraintes naturelles. Les territoires ont été hiérarchisés par différents acteurs. D’une part, dans le domaine économique aujourd’hui mondialisé, les entreprises nationales et internationales s’implantent dans les zones les plus développées, pour maximiser les profits. Les acteurs économiques fabriquent en cela les territoires et participent de leur hiérarchisation (carte 1). D’autre part, le pouvoir politique a également accordé plus d’importance à certains territoires, et cela depuis la construction de l’Empire Ottoman et la prise de Constantinople en 1453. Se pose en accumulation la question kurde. Le traitement politique du territoire (à l’échelle nationale et internationale, cf Traité de Lausanne de 1923), vu comme illégitime par certains kurdes et se superposant au phénomène de pauvreté inégalitaire, fait naitre des revendications et des contestations à l’est de la Turquie. Les départements concernés semblent devenir des isolats dans l’espace turc (carte 2).

Des questions se posent alors. Peut-on dépasser ces décalages par le biais de l’économie ? Les solutions mises en place sont-elles suffisantes et efficaces ? La troisième carte montre que les actions, et les plans élaborés, dans le secteur de l’industrie mais aussi du tourisme, sont plus efficaces dans les départements les plus dynamiques. L’exemple des Tigres d’Anatolie et celui des zones franches révèlent une inefficacité des solutions. En outre, ces opérations censées rééquilibrer les territoires font croitre les disparités, justement parce qu’elles sont d’ordre économique. Finalement, la dernière piste lancée, celle de se tourner vers l’Orient en même temps que vers l’Occident, peut paraitre prometteuse. Elle permet de prendre en compte la spécificité géographique de la Turquie, qui est un espace carrefour entre deux continents. Le pays tirera son attractivité internationale de sa capacité, de la frontière européenne à la frontière asiatique, à gérer et générer des flux nationaux et transnationaux.

Copyright Février 2018-Baudry/Diploweb.com

NDLR : L’auteur a pris le parti de ne pas représenter les zones de conflits à la frontière Turquie / Syrie, mais chacun sait que depuis plusieurs années cela pèse sur la situation en Turquie. Il s’agit simplement ici de ne pas surcharger la carte.

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